lundi, 05 octobre 2009

Enfants handicapés Jurassiens : AVS ou pas AVS ?

 

3 questions à Patrick Viverge, Président de la CDAPH du Jura,

par Yannick Daubigney siégeant à la CDAPH 39 et Coordinateur Handicap FCPE

 

 

Monsieur  Viverge, en tant que conseiller Général de Dole-nord-est et président de la Comission Départementale d'Attribution aux Personnes Handicapées du Jura, que pensez-vous des situations suivantes, et surtout, que proposez vous ?


1- La CDAPH du  Jura semble en peine par rapport aux chiffres annoncés par le président de la CDAPH du Doubs.

  • Comment expliquer que, dans le Doubs, ils ont pu assurer tous les personnels  validés par la CDAPH-25 et accorder deux AVS en priorité en septembre, alors que dans le Jura, nous avons près d’une cinquantaine d’enfants en mal de personnel accompagnant à la rentrée ?
  • Nous nous posions la question de l’équité des décisions concernant les fermetures de classes sur le département, qu’en est-elle sur le rectorat de Besançon et donc sur la Région ? Voir vidéo en ligne


Patrick viverge :

Je suis Président de la CDAPH. Suite à une étude des services de la MDPH concernant les Aides de Vie Scolaire, une proposition est faite à la commission.Jusqu’à présent, les réponses ont été conformes aux demandes et à l’esprit de la loi.

C’est à l’Education Nationale, c’est-à-dire à l’Etat de mettre en application ces décisions. Je ne suis pas en mesure de juger des disparités dans l’application de ces décisions entre le Jura et le Doubs.

L’application de l’équité est mon souci quotidien, mais, en tant que Conseiller Général du Jura, je ne peux avoir d’action que sur le Jura.


2- En tant qu’élu territorial et homme politique impliqué très fortement dans le social et le domaine du handicap, trouvez-vous normal que des personnels accompagnant des enfants handicapés soient :

  • D’une part si peu formés pour intervenir, accompagner et faire le lien entre l’enfant, l’équipe éducative et sa famille, et d’autre part, comment expliquer leur motivation à travailler alors qu’ils sont en situation précaire et ont une situation professionnelle non pérenne ? Aucun d’entre eux, si ce n’est les étudiants qui veulent être enseignants, ne pourront continuer à travailler auprès des élèves.
  • Ne pensez-vous pas que former des personnels sur le terrain et les garder quelques mois seulement relève du gâchis, sous prétexte de créer des emplois aidés qui ne sont plus financés par l’éducation nationale ? Seul bon côté pour les derniers arrivants : 60 heures de formation spécifique alors que les enseignants et anciens AVS ont été mis devant l’enfant handicapé sans préparation.
  • Si les personnes les plus motivées finissaient par rester (mères de familles, personnes s’approchant de la retraite, anciens enseignants…) sans être mis au placard ; si un statut spécifique style « validation des acquis » permettait à ces personnes de poursuivre leur carrière tant qu’ils le souhaitent, ne pensez-vous pas que nous éviterions les problèmes de rentrée comme cette année dans le Jura ?

Patrick Viverge :

Concernant le personnel accompagnant les enfants :

  1. Je me suis déjà exprimé publiquement sur la nécessité de former ces personnes dont la bonne volonté ne suffit pas. De plus, la précarité dans laquelle ces personnes se trouvent est une situation scandaleuse imposée par l’Etat.
  2. Effectivement les EVS ASH Employés Vie Scolaire –Aide à la Solarisation des Handicapés auront une formation de 60 heures. Cela est très peu, mais mieux que rien. Ces personnes seront payées par le Conseil Général, mais avec un emploi précaire, 1 an renouvelable, ce qui ne favorise pas la motivation pour un emploi qui nécessite compétence, écoute et disponibilité.
  • Je suis effectivement très favorable à la professionnalisation de ces emplois. S’occuper d’enfants dans une situation de handicap ne s’improvise pas. Cela doit être une véritable profession avec une formation solide, un diplôme, de réelles compétences validées, des exigences et une sécurité de l’emploi. On ne peut pas traiter ces personnes avec autant de mépris en leur demandant beaucoup et en leur offrant si peu. On ne peut pas traiter les personnes en situation de handicap avec autant de légèreté, ce n’est pas dans l’esprit de la loi de 2005.

3- Enfin dernière question Monsieur Viverge, pensez-vous normal que l’éducation nationale décide des postes disponibles, alors tout repose sur les épaules des collectivités territoriales ?

  • Ne pensez-vous pas qu’il serait logique, dans ce cas que la MDPH décide et gère les moyens en personnel (en disposant fond nécessaires) ; attention au piège de confier ce rôle aux PEP et autres organismes associatifs, qui se voient également diminuer leurs budgets et personnels mis à disposition par l’éducation nationale.

Patrick Viverge :

  1. Je pense que c’est effectivement à la CDAPH de décider.D’ailleurs,  dans cette commission siège le représentant de l’Education Nationale. Le problème dans la gestion du personnel est que le législateur a souhaité que le personnel dépende parfois  des collectivités territoriales, parfois de l’Etat, ce qui impose des statuts différents avec des avantages, des salaires différents.L’Etat,  en   finançant de moins en moins d ‘ AVS ( à la charge de l’Etat) demande aux Départements de financer des   EVS-ASH ( à la charge du Département) ;mais les Départements sont étranglés financièrement. Certains vont être mis sous tutelle  du fait  de nombreux transferts de charges que l’Etat payait, et qui doivent être financés désormais par les Départements sans avoir les financements qui correspondent.
  2. Je pense qu’il faut considérer  avec respect les personnes handicapées dans toute leur diversité. Cela nécessite écoute, réflexion et action.Cela est dans l’esprit de  la loi de 2005, qui a été une réelle avancée, il faut le reconnaître, et nécessite « des accompagnateurs » compétents.
  3. Mais il faut également considérer les travailleurs avec beaucoup de respect et là, l’Etat s’est complètement fourvoyé. Le mépris affiché pour ces personnes dans l’angoisse de l’avenir et dans l’attente d’être traitée avec dignité est intolérable. Il faut offrir une formation diplômante et une rémunération décente aux professionnels qui s’occupent d’enfants en situation de handicap : ces professionnels le méritent et les enfants aussi.

C’est une voie élégante  vers l’intégration et l’autonomie,

pour les uns comme pour les autres.

Je m’engage à organiser une réflexion dépassionnée au sein du Conseil Général

autour de cette question de fondqui dépasse les distorsions politiques.

 

Nous remercions Monsieur Viverge d'avoir répondu à nos questions. Nous soulignons au passage l'importance des Associations présentent lors de cette Commission Départementale d'Attribution aux Personnes Handicapées.

-- Yannick Daubigney : coordinateur handicap FCPE39--

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